Le Grain à Moudre

 

« Le Grain à Moudre »

Voici quelques textes publiés de mars 2013 à janvier 2015 dans la rubrique « Le Grain à  Moudre ». Il s’agit de ma participation à  la newsletter Plume & Cie, créée par de Christie Vanbremeersch que je remercie pour nos échanges stimulants, bouillonnants et fructueux et pour m’avoir invité à y contribuer en me faisant une place pendant 7 numéros. 

Numéro 18 – janvier 2015 : N’attends pas demain pour vivre ton année 2015

Pas facile les fins et les débuts d’année et leurs cortèges de « bonnes » résolutions.

Une année civile se termine et avec elle, des dossiers, des missions, des partenariats…
Le lendemain matin une autre commence et hop, il nous est déjà demandé de nous projeter !

Pour bon nombre d’entre nous, c’est aussi le temps du spleen. Dans la partie de mon activité liée au coaching, décembre marque la fin de certaines missions. Je collecte quelques « pertes » (celles de la relation de travail que j’ai eue avec les clients) qui vont de paire avec les boucles qui se bouclent. Car en coaching, il y a une fin (annoncée). Et les fins, les deuils, ça peut se pleure.

De plus, c’est une des rares périodes de l’année pendant laquelle, le plus souvent, nous faisons une véritable césure. Pendant quelques jours, nous nous déconnectons. Chacun se retrouve dans sa famille, face à lui, à ce qu’il est devenu. A ce qu’il est. Parfois c’est dur. Même si c’est bon aussi.

Et puis quand tout ceci est à peu près consommé, travaillé, évacué… il est temps de se tourner vers la « nouvelle année ». Faire le point, (re)travailler sa vision, commencer de nouveaux projets, de nouvelles missions. S’aérer !

Cette année, pour que l’articulation des deux temps se fasse plus en douceur, j’ai choisi de remercier les gens autour de moi, clients, famille ou amis, pour l’année qui s’achève et pour celle qui se présente. Les remercier d’être encore là, vivants et plein de projets, ou suffisamment en forme pour les envisager. Parfois avec joie et excitation, parfois avec appréhension. Et puis je me rends compte, à coups de mindfulness sous différentes formes, que cette année 2015 est toute entière dans la journée que je vis, maintenant. Du coup, je n’ai plus à me poser la question des résolutions mais à observer là, maintenant, ma santé physique, mentale, psychique et ma vie professionnelle, personnelle, spirituelle, conjugale, privée, de parent, de fille, d’amie…

Me suis-je fait du bien ? Ai-je fait du bien ? Ai-je bien fait ?

Et je décide de ce que je fais pour réajuster – ou pas – par rapport à la vision que j’ai travaillée pour moi dans chaque domaine de ma vie.

Avec la sensation très agréable que mon année 2015 est toute proche de moi. Accessible. C’est maintenant que je peux faire face, c’est maintenant que je peux agir.

Moi, ça me rassure.

Emmanuelle Vignes

Numéro 17 – novembre 2014 : Se remplir de tout ce dont on est vide et se vider de tout ce dont on est plein

Je ne suis pas une adepte des bonnes résolutions, ni des promesses à moi-même. J’ai toujours l’impression qu’elles sont pour demain et qu’elles ne tiendront pas dans le temps. Je suis pour l’hygiène de vie d’aujourd’hui. Par ailleurs, j’ai du mal à accepter le changement sans vision. Enfin, j’ai besoin de sens et de contrepoids pour sauter le pas.

Concernant toutes les choses qui sont importantes pour moi c’est maintenant, dans la journée qui commence, que je vais poser une action pour permettre à chacun de mes objectifs de se réaliser : avancer sur un dossier, rappeler un client, écrire un chapitre, me reposer vraiment, manger sainement, faire du sport, soutenir les enfants, méditer un moment, développer ma créativité, facturer, aller chez le médecin, etc.

Tout cela va dans le sens de cette croyance que j’ai faite mienne : le chemin prévaut sur le résultat. La promesse vit dans l’aujourd’hui.

Dans cette optique, je mets en place depuis quelques années une hygiène personnelle et professionnelle. Sur mon tableau de bord perso, il y a deux touches : « me vider de tout ce dont je suis pleine » et « me remplir de tout ce dont je suis vide ». Actionner l’une puis l’autre m’impose de procéder à un audit de mon état physique, psychologique et psychique. Ainsi, je fais le constat plusieurs fois par an que :

– Je suis appelée à me vider de : trop d’activités, trop de sorties, trop de pensées accaparantes, ou trop d’oisiveté, trop de fréquentations toxiques, trop de «mal bouffe», trop de tabac ou d’alcool, trop de responsabilités, trop de « oui », etc.

– Je dois décider de faire le grand nettoyage en révisant mon agenda, mes habitudes… Pour moi c’est la partie la plus difficile. Il peut s’agir de façons de faire, de relations, d’actions mises en place il y a quelques années et qui ne me sont plus utiles ou plus bonnes pour moi.

– Enfin je vois que c’est bon et essentiel de créer de l’espace pour me remplir de choses qui me sont bénéfiques : refaire la part belle au sommeil, à un(e) ami(e) que je ne vois plus assez, tenter une nouvelle façon d’exercer mon travail, m’ouvrir à de nouvelles perspectives, retourner me nourrir d’expos, faire de la place au silence pour écouter ce que j’ai à me dire (méditer ou prier), me former à un nouvel outil, recevoir à diner, reprendre le sport régulièrement, etc.

Ceux qui suivent une thérapie connaissent bien cet effet bienfaisant d’aller régulièrement déposer fardeaux, colère, peurs… Et repartir allégés dans leur vie quotidienne.

Dans les entreprises, pour les individus ou les équipes qui entament un coaching, c’est la même démarche. Pour faire de la place au progrès et à la performance, il y a un moment où il est important de se séparer des mauvaises habitudes et des comportements inadaptés. Développer sa créativité peut participer à cette dynamique : de se remplir de tout ce dont on est vide, et refaire du sang neuf !

Finalement je me rends compte que je vis la démarche comme une dialyse, qui me ré-oxygène cœur, corps et esprit !

Et vous, que de quoi vous délesteriez-vous volontiers et de quoi vous nourririez-vous avec joie?

Emmanuelle Vignes

Numéro 16 – juillet 2014 : Où es-tu quand tu es là?

Il y a tant de choses dont nous ne sommes pas conscients. Nous ne comprenons pas pourquoi tel ou telle est parti dans les tours alors que nous ne disions rien de blessant ! A priori. Pourquoi la personne avec qui l’on vit, pourquoi un client, un enfant, un ami, se plaint de la qualité (sous entendue dégradée) de notre relation ?

« Tu n’y es pas ».

Il arrive que nous ne soyons pas assez vigilants à la qualité de notre présence. Notre présentéisme (je suis ici physiquement et là-bas en pensées) ne s’arrange pas avec notre passion pour la lecture, notre façon de nous planter devant la télévision ou une série sur notre Ipad, notre rapport aux Smartphones, au bureau comme à la maison. L’habitude que nous avons prise à être le plus souvent « ailleurs » : dans le rendez-vous d’avant, dans celui d’après. Avec notre amoureux du moment. La fille de l’accueil qui ressemble à ma cousine. Habités ou pollués par mille pensées.

Nous agissons mécaniquement. Très professionnels. Par tradition. Parentalement. Filialement. Sans plus. Ben quoi ? J’ai « fait le job » non ?

« Non. Tu n’y étais pas ».

En tant que coach, je suis souvent tentée de « caser » plein d’informations, de dire « tout ce que je vois », de transmettre les outils qui me traversent l’esprit et me paraissent pertinents à ce moment là. Pour faire « le job ». Je peux être tellement technique que le risque que je prends, c’est de « ne pas être là ».

Je dis « tentée » parce que, quand j’ai déjà bien rempli le panier du client ou de l’équipe en terme de moyens, ce qui compte c’est être là. Disponible. En ressource. Cadrante. Encourageante. Un de mes outils favoris est le coaching silencieux. Nous écoutons complètement le client, avec notre corps. Les seules réponses sont non verbales. Nous polarisons la relation sur la présence. Tous les clients aiment ça. Et pour cause ! Cela arrive si rarement d’être écouté de cette manière.

La question de la qualité de notre présence nous ramène à notre finitude et au sens que nous donnons à notre présence sur terre. A la question de la place que nous prenons (ou pas) physiquement dans l’entreprise, l’équipe, la famille, le monde. La place que je me donne, que je vais me constituer, que j’attends qu’on me fasse, que je me suis laissé imposer, etc.

La question de la présence parle aussi de l’amour qu’on se porte à soi-même, de notre amour pour l’altérité, pour la personne qui est en face de nous.

On pourrait presque (se) dire… « You are enough ».
Redonnons vie à notre présence en la remettant à sa juste place : la première !

Emmanuelle Vignes

Numéro 15 – mars 2014 : Ecoute vraiment

Une des premières choses que je travaille avec une équipe ou un groupe, c’est l’écoute. Quelque soit l’objectif du coaching et la fonction des participants. La plupart des difficultés rencontrées en entreprise ont trait à la communication : soit elle est mauvaise, soit elle ne va pas à son terme, ce qui engendre plus de malentendus que de désaccords. Quand nous ne nous écoutons pas, nous ne travaillons pas efficacement.

Dans notre relation avec nos clients, il est important que nous soyons à l’écoute ; tout le monde est d’accord sur le principe. Mais dans la vraie vie, ce n’est pas si simple. Nous filtrons, nous interprétons, nous ne vérifions pas que nous avons bien compris ce que l’autre veut dire. Nous sommes pollués, encombrés, agités, perturbés, angoissés, fragilisés, stressés, speedés, ou ailleurs..

Nous n’écoutons pas « vraiment ».

Dans la relation à l’autre, et davantage bien sûr dans la relation d’aide, il est important d’être au clair avec son état d’esprit, son moral, son état mental : dans quel état vais-je à la rencontre de mon interlocuteur ? Un bon indicateur de notre état est justement la qualité de notre écoute et de notre positionnement. Suis-je d’abord concerné(e) par mes problèmes ? Par l’idée que je veux faire passer ? Est-ce que je coupe la parole ? Comment est la qualité de ma présence ? Suis-je centré(e) sur mes besoins ou sur ceux de l’autre ? Est-ce que ce qui m’intéresse le plus n’est pas de lui refourguer ma came ? Combien de fois par jour est-ce je sais mieux que celui d’en face ? Combien de fois par jour est-ce que je passe à côté de mon interlocuteur ? Combien de fois dans ma vie j’ai laissé la personne en face de moi aller jusqu’au bout de son idée ? Combien de fois ai-je reformulé pour m’assurer d’avoir bien compris ? Combien de fois ai-je laissé à dessein un peu de silence sans chercher à le combler alors que mon interlocuteur chemine tranquillement dans sa tête ?

Il y a pas mal de techniques pour apprendre à écouter vraiment. Mais la plus efficace consiste à travailler d’abord sur soi, à écouter ce qui se passe en nous. Dans notre tête. Au niveau émotionnel. Dans notre corps. Comprendre les messages qui me sont envoyés et choisir d’avoir une réponse ajustée. Plus je suis au clair avec ce qui se passe en moi, plus je suis en mesure d’être complètement tourné(e) vers l’autre et accepter d’écouter ce qu’il a à dire.

 Emmanuelle Vignes

Numéro 14 – octobre 2013 : Comment rester connecté à sa joie par temps agité ?

Comment trouver le sourire quand vous perdez un contrat ou qu’un membre de votre équipe part bosser chez votre concurrent ? Comment rester joyeux quand, en rentrant éreinté à la maison, vs vous rendez compte que votre enfant n’a pas touché à ses devoirs, que l’appart est dans un bazar pas possible, que le diner reste à faire, sans parler de votre conjoint, ultra stressé(e) et aimable comme une porte de prison…

Vous avez beau avoir une nature plutôt gaie, il arrive que les temps soient durs. Parfois même, « tout » va bien et c’est quand même dur. Bref. Comment faire dans ces moments là pour se reconnecter à sa joie?

Voici une stratégie de reconquête de la joie que je pratique quand je traverse des eaux agitées personnelles ou professionnelles :

Je restaure mon sommeil : LA base

Tout d’abord, j’ai la conviction que la joie se cultive et qu’elle a besoin d’être entretenue pendant les temps calmes. Dès que ça commence à devenir difficile, j’assure mon capital sommeil – c’est-à-dire que je dors autant que possible. J’intègre les micro-siestes et m’impose plus de repos.

Je remplis mon puits 

Je me gâte. Je planifie une expo facile entre deux rendez-vous à portée de main, je passe chez le coiffeur à l’heure du déj, je mets du rouge sur mes ongles, j’achète des fleurs en rentrant, je me programme un film ou je sors m’acheter un magazine sur le Design…  Je décide aussi de me mettre en mouvement : je marche au lieu de prendre mon scooter. Et cette année, j’ai commencé l’aviron.

Je vais chercher de l’empathie et du soutien

J’appelle un ou une bonne amie. Qui sait écouter. Je choisis bien… Pas quelqu’un qui me refourgue ses problèmes ou qui me dit que j’ai de la chance comparé à … Bref, je cherche et je trouve de l’écoute et de l’empathie. Cela peut être court quand c’est bien fait. Et puis je demande carrément de l’aide, que l’on me rende service dans les domaines où je me sens débordée. Cela demande de l’humilité mais ça me permet de me rassembler et quelle énergie retrouvée !

Je me plonge dans la pleine conscience 

Quand cela va mal, je me concentre sur ma journée. Quand ça va très mal, sur l’heure qui vient. C’est uniquement dans le temps présent, là, maintenant, qu’il m’est donné de me reconnecter à ma joie. Le passé je ne peux plus rien y faire. L’avenir est parfois angoissant. L’instant présent, lui, m’offre d’agir maintenant, pour moi, avec la reconquête de ma joie en ligne de mire.

Je rends service

Je donne ce dont j’ai besoin. Quand je ne vais pas bien et que je me sens pauvre, si pauvre, alors je me mets au service de celui qui est, sur le papier, plus pauvre que moi. Ce service rendu me comble de quelque chose de mille fois plus riche.

Je me remets à la prière et aux remerciements

Rendre grâce pour les moments difficiles : c’est très difficile. Mais il y a toujours un cadeau caché ou quelque chose de très précieux à vivre ou à apprendre.

Cultiver sa joie procède d’une hygiène de vie. A chacun de nous de trouver nos voies, les parties de nous à muscler pour que, quand viennent les temps plus difficiles, nous ne soyons pas à court de cette joie qui nous aide à les vivre et à les dépasser.

Emmanuelle Vignes

Numéro 13 – Juin 2013 – Le bon accompagnateur

La question qui me rend visite régulièrement tourne autour de la nature du bon accompagnateur. Qui accompagne ? Toute personne qui guide : un parent, un chef d’entreprise, un manager, un enseignant, un chef d’orchestre. Et puis, nous, les coachs, les consultants. Qui a été un bon accompagnateur pour moi ? Comment moi, puis-je être le meilleur accompagnateur possible ? Voici un portrait pas du tout robot (et qui je le sais va évoluer), de ce à quoi ressemble de mon point de vue un bon accompagnateur.

C’est d’abord une personne qui accueille et écoute. Et ce n’est pas rien ! Responsable du cadre, elle est aussi capable d’empathie, donne confiance et fournit des clés de lecture. Elle laisse son client aux commandes. J’ai plusieurs fois vécu la frustration de voir mon client laisser passer du temps avant d’agir de telle manière qui ME convenait. Mais j’ai aussi vécu l’immense joie de le voir trouver SON chemin pour arriver à SES fins. Le bon accompagnateur ne fait pas et ne sait pas à sa place. Il ajuste sa position en fonction des besoins et de la demande de son client.

Il est capable de voir le meilleur dans l’autre, ses forces, ses capacités, sa puissance. Et il les nomme.

Le bon accompagnateur montre qu’il a lui aussi des fragilités.

Il n’est pas parfait. Ouf. Il travaille sur lui, en thérapie. Sur son travail, en supervision. Comme je trouve difficiles et riches ces séances de supervision en groupe ou individuelles. On y dépose les éléments de doute, de situations difficiles bien plus que nos succès et nos satisfactions. Le choix du superviseur participe du bon accompagnateur : il est qualifié certes mais aussi hyper bienveillant. Ainsi le coach peut dire, sans craintes, là où il a trébuché, raté… Il rectifie et recommence, en mieux.

Il exerce à son tour de la bienveillance envers son client. Il ne juge pas, même s’il peut donner son avis ou se positionner. A tout moment, il se demande si on attitude, si ses questions sont aidantes.

Il est créatif, se forme et se renouvelle. C’est un être vivant appelé lui aussi au changement. Il est attentif à son hygiène mentale, corporelle et professionnelle. Il est attentif à agir avec congruence.

Mais la réalité est aussi parfois toute autre pour le bon accompagnateur : parce qu’il est fatigué, parce qu’il est humain… Un jour il s’entend dire à son client quoi faire ; un autre, il le prend en charge ; il a une volonté de changement supérieure à la sienne ; il ne voit plus le champion ; il méconnait son contre-transfert ; il ne pose pas assez précisément le cadre ; ne le fait pas respecter…

Ce qui fait de lui un bon professionnel n’est pas qu’il soit parfait mais qu’il soit conscient autant que possible de ce qu’il fait ou dit. Qu’il s’entoure de personnes qui peuvent lui faire percevoir ce qu’il n’a pas vu. Alors, il redresse la barre, assainit, révise et repart.

Un système en bonne santé n’est pas un système qui va bien tout le temps. C’est un système qui sait reconnaître son dysfonctionnement et prendre soin de lui. Quand il est « malade », il sait à qui s’adresser et comment se soigner.

Quand je traverse des moments difficiles, je les vis mieux que dans le passé, parce que j’ai pu expérimenter que chacun m’est utile pour mieux comprendre mes clients.

Ma quête je la vis à chaque instant du processus : quand je prépare, quand j’accompagne effectivement, quand je veille, quand je boucle, quand je prends des nouvelles quelques mois plus tard. La posture du bon accompagnateur n’est pas le but mais un chemin.

Emmanuelle Vignes

Numéro 12 – Mars 2013 : La légitimité

Qu’est-ce qui nous rend légitimes ? A créer, exercer, enseigner, soigner, diriger, conseiller, coacher, éduquer ?

Ces dernières semaines, la question m’est revenue par différents biais. Un client qui se demande s’il peut publier sur un sujet qu’il n’a pas vécu lui-même. « Puis-je écrire sur la manipulation si je n’ai pas été manipulé ? Le fait que je m’y intéresse, que j’ai des choses à dire suffit-il ? » Un autre qui s’offusque qu’une personne de son entreprise se propose pour diriger un nouveau projet. « Quelle est son expérience pour prétendre prendre la main ? » Un autre qui raconte comment il a vendu en tant qu’expert son premier « financement d’avion », alors qu’il n’y connaissait rien.

Combien de fois nous sommes-nous empêchés d’agir, de créer, d’exposer, nous sentant entravés par la question de la légitimité ? Pour ceux d’entre nous qui n’avons pas une grande confiance en nous, elle est une excellente cachette – favorisant ce que Julia Cameron appelle des « demi-tours créatifs » et – dans laquelle nous pouvons nous tenir… des années.

La légitimité repose-t-elle sur notre seule envie d’agir ? Personnellement, je pense que ce n’est pas suffisant. Mais je reconnais volontiers que l’envie est un moteur indispensable ; et trop de critères additionnels viendraient la noyer : les diplômes, l’expérience, la compétence, les résultats obtenus, les aptitudes, le réseau, la recommandation, l’adoubement des maîtres, le bien fondé de l’action, l’inspiration… Mais aussi le regard que je pose sur mon métier, ma pratique, celui d’un patient, du client qui va m’acheter un tableau, ou mes conseils.

A nous de faire le juste dosage et le cas échéant, nous faire épauler par un organisme de conseil, un superviseur, une administration, etc.

Nous attendons parfois longtemps la permission pour agir ou être. Peut-être pensons-nous que la légitimité se reçoit ? Ou est-ce notre loyauté ? A cause de notre éducation alors ? « Attends qu’on te propose ». Mes clients les plus jeunes, eux, ne considèrent pas la légitimité de la même manière que leurs ainés. Pour eux, elle ne vient pas avec l’âge et le grade. Elle vient principalement par l’exemplarité, sur le terrain.

En fait, chacun d’entre nous s’est posé la question de sa propre légitimité. C’est à nous de regarder ce qui nous est nécessaire pour l’assurer et l’entretenir sans que cela soit trop pesant et paralyse notre action. Faire de la légitimité un atout et non une contrainte pour canaliser notre énergie – je ne passe plus mon temps à justifier mon existence – concrétiser nos rêves, qu’ils soient personnels ou professionnels, voilà un enjeu intéressant !

Emmanuelle Vignes

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